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Magazine consacre a toutes les formes de culture pop(ulaires) : BD, musique, cinema, etc... Une vision moderne du passe, une vision retro du present.

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Ridiculous sublimous details (8) : remettons les pendules à l'heure

hkff logo Par Hong Kong Fou-Fou

 

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Apple annonce pour 2015 la sortie de sa montre connectée, l'Apple Watch, et des millions de bobos/geeks/suiveurs/esclaves de la technologie (rayez tous ces cons inutiles) attendent  impatiemment de devoir débourser quelques centaines d'euros pour se l'acheter. Ils ne savent pas vraiment pourquoi, mais il faut quand même qu'ils arborent ce nouveau gadget à leur poignet. Envoyer des mails avec sa montre, la belle affaire ! Une montre, ça doit donner l'heure, point. Détourner un objet de sa fonction première, y coller tout un tas de fonctions inutiles mais qui épatent la galerie, on n'arrête pas de nous faire le coup. Avec le téléphone, bien sûr. Qui permettra bientôt de tout faire, sauf téléphoner. Mais ce n'est pas grave, votre stylo connecté, lui, sera là pour ça. Bien sûr, il n'écrira plus, mais comme il n'y aura plus de papier, personne ne s'en apercevra. Dans la gamme toujours plus vaste des objets "connectés", il y a aussi les lunettes de soleil. A mon humble avis, des lunettes de soleil, ça devrait juste servir à avoir l'air cool à la terrasse ensoleillée d'un café, lorsqu'on déguste son expresso en lisant son journal. Ce n'est pas pour afficher une carte, regarder des vidéos ou, justement, lire un journal numérique. Des lunettes "affichage tête haute", qu'ils appellent ça. Moi, si j'en portais, je me sentirais tout penaud et je marcherais plutôt la tête basse.

Avec les montres connectées, on s'attaque à quelque chose qui est sacré à mes yeux. La mesure du temps. C'est peut-être parce que je suis petit-fils d'horloger et que j'ai vu mon grand-père, une loupe vissée à l'oeil, passer des heures à manipuler avec ses brucelles des rouages minuscules et des engrenages compliqués que je suis autant attaché aux belles montres mécaniques. Pour moi, l'heure est grave. Si vous me permettez une allitération, je suis toqué des tocantes qui font tic-tac. Regarder avancer une trotteuse, c'est prendre conscience du temps qui passe. Déjà quand au milieu des années 70, un copain m'avait fièrement montré sa Casio à affichage digital, je m'étais dit qu'il y avait une erreur d'aiguillage... Elle était LED, je la voyais laide. Mon inquiétude n'a fait que grandir lorsqu'en 1977 HP a sorti une montre avec calculatrice intégrée. 1977. L'anarchie dans l'horlogerie. Je tolère à peine les montres à quartz. Une vraie montre doit être mécanique, munie d'un remontoir. Mais ça, les habitués de nos colonnes l'ont compris : à Fury Magazine, on aime remonter le temps.

Moi personnellement, j'ai une Omega Speedmaster. Elle m'a coûté un bras, mais je suis fier de la porter au montres ridiculouspoignet de celui qui me reste. Et comme dans cent ans, ma montre fonctionnera sans doute encore, j'espère la léguer un jour à mon fils, qui lui-même la lèguera à son fils, etc. Comme dans Pulp Fiction, en priant pour que je n'aie jamais à user du même subterfuge que Christopher Walken pour la cacher. C'est gros, une Speedmaster. La durée de vie d'une Apple Watch, elle, doit être programmée à l'avance. On ne fabrique plus rien qui soit destiné à durer. On vit à l'ère du "tout jetable", on crée des besoins, des nouvelles versions qui ringardisent les précédentes, pour inciter les gens à consommer toujours plus. Au final, j'aurai dépensé moins pour ma montre que les gogos qui achèteront tous les ans la nouvelle version de l'Apple Watch.

Une fois n'étant pas coutume, je vais essayer d'être honnête et de comprendre sans à-priori négatif à quoi peut bien servir une montre connectée. Prenons pour cela un exemple concret. L'escalade de l'Everest, tiens. Vaincu en 1953 par Sir Edmund Hillary mais comme apparemment il y a controverse quant à la montre qu'il portait (en théorie, une Rolex Explorer mais comme d'habitude la théorie du complot est passée par là pour semer le doute), choisissons plutôt l'expédition suisse de 1956, dont les membres portaient un bonnet sur la tête et une montre Enicar Sherpa au poignet. A quoi leur servait leur montre ? A connaître des choses simples mais essentielles comme le temps qu'il restait avant la tombée de la nuit, leur vitesse moyenne de progression, etc. Imaginons la même expédition aujourd'hui, chaque alpiniste étant équipé de son Apple Watch. Purée ça n'avancerait pas : il y en a un qui s'arrêterait pour envoyer un mot tendre à sa dulcinée, un autre qui regarderait la météo pour savoir s'il valait mieux ranger le bonnet au fond ou au-dessus du sac, un autre qui tweeterait des blagues sur ses copains ("Roger n'a toujours pas changé de chaussettes LOL #onselespelesurleverst"), un autre enfin qui évaluerait le nombre de calories dépensées ("Ouaiiiis, je peux prendre un double Twix au goûter !") Et si ce truc était muni d'un appareil-photo, on aurait droit en direct à de beaux selfies sur le toit du monde. En supposant qu'il y ait du réseau. Sinon, de futile, le gadget deviendrait inutile.

Avant, les pubs des montres montraient des plongeurs, des pilotes de course, des explorateurs. Des mecs, quoi. Pour l'Apple Watch, on va choisir un geek gringalet, champion du monde de Candy Crush ? Eh bien non, résistons ! Je suis papa d'un jeune garçon de 11 ans. Un jour, au cours d'une randonnée, je lui ai montré comment on pouvait trouver le Nord avec une montre et le soleil. J'ai lu dans son regard un mélange d'étonnement et d'admiration. Pendant une fraction de seconde, j'ai été Buck Danny crashé dans la jungle ou Laurence d'Arabie traversant le désert, Si je m'étais contenté d'appuyer sur l'application "Boussole" de mon Apple Watch, je n'aurais certainement pas gagné mes galons de "Papa cool".

Parce que c'est ça : la guerre des applications contre les complications. Les complications, ce sont les fonctionnalités que présentent certaines montres mécaniques et qui nécessitent une virtuosité certaine de la part de leur concepteur (l'affichage de la date est la plus courante, mais on peut avoir aussi celui des phases de la lune ou de la réserve de marche, par exemple). Si votre montre peut mesurer la durée d'un événement, elle vous ouvre les portes d'un univers fantastique, vous êtes le capitaine Nemo à bord du Nautilus, vous possédez un chronographe, ou chronoscope. Les montres connectées, elles, ne possèdent que des applications. Des lignes de code que n'importe quel petit malin calé en C++ peut vous programmer en deux heures et trois tasses de café.

Sur le terrain des noms, les montres mécaniques sortent aussi largement gagnantes. Au hasard, Aquastar "Deepstar", Rolex "Daytona", Omega "Seamaster", ça fleure bon les embruns, l'huile de ricin ou le napalm (oula, je m'enflamme). L'Apple Watch peut aller se rhabiller... La montre pomme ? Pfff, un truc pour les poires...

Avec toutes ses inventions à la noix, le monde moderne va faire de nous des cons. Des cons-nectés, mais des cons quand même.

Allez, comme je suis gentil, un petit cours rapide d'orientation (l'oriente-express, quoi) : pour trouver le Nord avec une montre, il faut d'abord la mettre à l'heure du soleil (moins deux heures l'été, moins une heure l'hiver), puis pointer avec la petite aiguille la direction de l'astre flamboyant (qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour éviter les répétitions...) La bissectrice de l'angle formé par cette direction et celle du 12 correspond à l'axe Nord-Sud. Pour savoir où est le Nord, il faut se rappeler que le Sud est à gauche du 12 le matin, et à droite du 12 l'après-midi.

 

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