Ach, la guerre... Gross malheur !... Oui, certes, vous avez mille fois raison, mein General. Personne, j'espère, ne prétendra le contraire. Mais cette activité tellement prisée par l'élégant bipède appelé Homme ne représente pas qu'une solution radicale aux problèmes de surpopulation, c'est également une source intarissable d'inspiration pour des scénaristes et réalisateurs de cinéma. Des films de guerre, il y en a autant que de biffins sur une plage de Normandie un jour de juin 1944 (elles n'ont d'ailleurs jamais connu une telle affluence, les plages de Normandie, z'avez vu le climat ? On n'y va pas pour des bains de soleil, mais plutôt des bains de sang...). La plupart se passent pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais les autres conflits sont aussi représentés : la Première Guerre Mondiale (avec par exemple "Les sentiers de la gloire" de Stanley Kubrick) ou des conflits plus récents comme le Vietnam, l'Afrique ("Les oies sauvages"), etc... Certains sont des réquisitoires sévères contre la guerre, d'autres la glorifient. Certains mettent en scène des héros sans états d'âme, qui vous sulfatent une division de SS en mâchonnant leur chewing-gum, bien droits dans leurs rangers ; d'autres au contraire font appel à un cortège moins reluisant mais plus réaliste de sentiments humains : lâcheté, trahison, égoïsme. Une constante : le film de guerre est toujours une grosse production, avec une pléthore de grands acteurs, même si certains se font éparpiller par une mine dès la dixième minute. S'il est possible, et même fréquent, de trouver des westerns, des polars, etc, de qualité et qui n'ont pas coûté cher, qui dit film de guerre dit gros budget. Allez donc reconstituer la bataille d'El Alamein avec un seul Panzer rouillé et un seul Sherman rafistolé avec du fil de fer, tiens ! Une remarque au passage : j'espère que tout le monde a bien compris que dans la rubrique "Esquimau glacé et pop-corn", on ne parlera jamais de films actuels qui contiennent des effets spéciaux numériques. D'ailleurs, quand vous allez au cinéma aujourd'hui, on vous en propose des esquimaux, à l'entracte ?
Les douze salopards (The dirty dozen, 1967, réalisé par Robert Aldrich)
Prenez douze gibiers de potence, tous condamnés à mort ou à une longue réclusion, offrez-leur une remise de peine en échange de leur participation à une opération-suicide à la veille du débarquement de juin 1944, entraînez-les sans répit, lâchez-les derrière les lignes ennemies pour massacrer des officiers allemands. Choisissezune brochette de vedettes pour incarner cette belle bande de raclures. Citons, en vrac, Telly Savalas, Jim Brown, Charles Bronson, John Cassavetes, Donald Sutherland, etc... Et Trini Lopez, qui, en milieu de tournage, réclame une augmentation de son salaire. Les producteurs refusent et s'en sortent par une pirouette scénaristique : Pedro Jiminez, le personnage de l'acteur chantant, meurt hors-champ lors du parachutage du commando au-dessus de notre belle terre de France souillée par les bottes teutonnes (pardon, mais je suis en train de relire tous les Superdupont !...). AjoutezErnest Borgnine en général et, surtout,Lee Marvin en commandant qui dirige le groupe. Vous obtenez alors l'un des plus grands classiques du film de guerre. Et puis il y a une morale : presque tous les salopards meurent à la fin, un seul profitera d'une liberté chèrement gagnée...
Les bérets verts (The green berets, 1968, réalisé par Ray Kellogg et John Wayne)
1967, les GIs américains pataugent au Vietnam. Aux U.S.A., la contestation enfle, de plus en plus de gens, étudiants, acteurs, sportifs, ou simples anonymes, manifestent leur désaccord contre l'intervention américaine. Il n'en faut pas plus pour faire bouillir le sang patriotique de John Wayne. Devant ce ramassis de hippies communistes, le monolithe vivant voit rouge (mais quel est mon secret pour trouver des jeux de mots aussi subtils ?) : il décide de réaliser un film sur le conflit, pour expliquer à ses concitoyens que la guerre, c'est bien. En quelques mots, le film raconte l'histoire d'un détachement de Bérets verts, commandé par le colonel Kirby (interprété de façon, heu..., monolithique par "Ah que Johnny") qui doivent tenir un poste avancé en plein territoire vietcong (pour les nuls en Histoire, non, ce ne sont pas des Viets de Marseille...). Ils sont accompagnés par un journaliste, joué par David Janssen (mais oui, celui de la série TV "Le Fugitif". Bonne idée d'aller se planquer dans la jungle !), plutôthostile à la présence américaine au début mais qui, après les 136 minutes de propagande que constitue le film, verra la Lumière étoilée. Pour faire passer son message, le très réactionnaire "Fais-moi mal, Johnny" ne nous épargne rien, en particulier le petit orphelin dont les parents ont été assassinés par les Vietcongs et dont l'armée américaine deviendra la seule famille. Les Vietnamiens du Sud sont gentils et souriants, ceux du Nord marchent courbés, en arborant un rictus machiavélique, le contraste est énorme ! Mais soyons honnêtes : on prend un plaisir coupable en regardant "Les bérets verts", c'est un excellent film d'action qui véhicule des valeurs de courage et d'amitié qui donnent presqu'envie de s'engager losrsque le mot "Fin" apparaît à l'écran (naaan, je plaisante...).
Croix de fer (Cross of iron, 1977, réalisé par Sam Peckinpah) Alors là, nous avons le parfait opposé des "Bérets verts" : normalement, après avoir visionné ce film, plus aucun homme ne devrait avoir envie d'envahir un autre pays, de bombarder et raser ses villes, de massacrer ou violer ses habitants. Mmouais, si on considère le nombre de conflits qui ont éclaté un peu partout dans le monde depuis sa sortie, force est de constater qu'il n'a pas atteint ses objectifs... Et pourtant, avec cette virulente diatribe contre la guerre, Sam Peckinpah réalise un chef-d'oeuvre (un de plus... Est-il nécessaire d'évoquer "La horde sauvage", "Les chiens de paille", ou encore "Le guet-apens" ?). Le générique annonce la couleur : sur fond de contine enfantine allemande, des images du petit teigneux moustachu en train de prendre des bains de foule, on agite des petits drapeaux, on est tout content. Et puis progressivement les images se durcissent : des tranchées, des chars, des explosions, des cadavres de soldats. L'action du film se déroule en 1943, lors de la retraite de la Wehrmacht face à l'Armée rouge. Deux hommes s'affrontent, deux soldats allemands : l'un est un sous-officier cynique et désabusé (James Coburn, toujours magistral), qui ne pense qu'à ramener vivants les hommes placés sous son commandement ; l'autreest un officier prussien prêt à tout pour obtenir la distinction suprême - la fameuse Croix de Fer qui donne son titre au film - au mépris de toute vie humaine, à l'exception de la sienne. Un film très dur, qui montre l'horreur de la guerre et l'étendue de la connerie humaine dans toute leur démesure.
De l'or pour les braves (Kelly's heroes, 1970, réalisé par Brian G. Hutton) Le film s'ouvre sur les images d'une jeep US qui se balade tranquillement au milieu d'un convoi de véhicules allemands. OK, on va faire dans l'humour et la désinvolture. L'histoire : celle d'une bande de soldats alliés plus préoccupés par leur enrichissement personnel que par la victoire contre les forces de l'Axe. (c'est marrant de parler de l'Axe, d'ailleurs, parce qu'Hitler était quand même un sacré désaxé...). Clint Eastwood est le lieutenant Kelly, qui cherche par tous les moyens à s'emparer d'un joli pactole en lingots d'or gardé par les Allemands. On retrouve aussi Donald Sutherland, en tankiste hippy et Telly Savalas en sergent en marcel. Ce film est rempli de scènes et de répliques cultes, c'est vraiment l'un des vingt films à avoir dans une DVD-thèque sérieuse (hmmm, je ne l'ai pas !...). On doit au réalisateurBrian G. Huttonle beaucoup plus sérieux "Quand les aigles attaquent", également avec l'inspecteur Harry, heu... Clint Eastwood, autre excellent film de guerre qui pourrait figurer dans cette courte sélection. Et puis pour une fois je vais citer un film "récent" : l'excellent "Les rois du désert" (1999, avec George "Ouatelsse" Clooney) reprend le même thème, transposé pendant la guerre du Golfe.
Evasion sur commande (The secret war of Harry Frigg, 1967, réalisé par Jack Smight) Terminons par un film qui n'est pas vraiment un film de guerre (on ne doit pas y tirer plus de trois coups de feu) mais plutôt une comédie romantique. Cinq généraux alliés sont retenus prisonniers dans un château italien. Au lieu de chercher à s'évader, ils préfèrent déguster vins fins et bons cigares en compagnie de leurs accueillants geôliers, ce qui énerve quelque peu leur état-major. Paul Newman incarne Harry Frigg, un soldat de deuxième classe tire-au-flanc et abonné au cachot des camps disciplinaires, cachot dont il a coutume de s'échapper avec une facilité déconcertante. Il se voit promu général, avant d'être parachuté en Italie, pour être à son tour capturé. Sa mission : faire évader les cinq généraux qui s'encroûtent. Mais c'est compter sans le charme de la superbe et séduisante comtesse propriétaire du château... Celle-ci est jouée par la superbe et séduisante Sylva Koscina (jetez-vous sur l'excellent film d'espionnage "Plus féroces que les mâles" et, si vous souhaitez encore approfondir le sujet, procurez-vous le numéro de mai 1967 de l'édition américaine de Playboy). Un film divertissant et sans prétention, dans lequel les amateurs de Fonzie retrouveront le sympathique Tom Bosley, à savoir Howard Cunningham dans la série "Les jours heureux".