Par Hong Kong Fou-Fou
Nous sommes début décembre, il reste encore un peu de place au bas de votre lettre au Père Noël, qu'est-ce que vous pourriez bien ajouter après la montre Omega Seamaster édition spéciale 007 et l'intégrale de "L'Homme du Picardie" en DVD ? Hmm, vous séchez, qu'est-ce qui manque à votre panoplie de parfait homme de goût ? Heureusement, "Fury Magazine" est toujours là au moment opportun. Et reste gratuit ! Notre conseil : pourquoi pas un peignoir en soie, tiens ?
Comment ça, c'est ringard ? Eh, oh, on se calme, hein ! Combien d'entre vous, sitôt rentrés au foyer après une harassante journée de labeur, enlèvent leurs mocassins Gucci ou leurs brogues Church's pour glisser leurs pieds meurtris dans de douillettes charentaises ? Alors les donneurs de leçon, silence ! Pouet pouet !
Imaginez plutôt cette scène au charme suranné : un officier en retraite de l'Armée des Indes, assis dans son fidèle fauteuil club au cuir élimé, sa pipe Peterson en écume de bruyère à portée de main, lissant négligemment sa moustache, relit les mémoires de l'explorateur Stanley (ou "Tintin au Congo", c'est bien aussi). Le feu qui crépite dans la cheminée fait scintiller son peignoir chamarré. Sur un guéridon, un verre de brandy attend d'avoir atteint sa température optimale. Couché à ses pieds, un lévrier afghan mordille le coin d'un épais tapis persan. Avouez que ça en jette, non ? C'est un peu mieux que le survêtement Babou devant TF1, une cannette de l'Ami Fritz en pogne, non ?
Trop de gens ont tendance à se relâcher lorsqu'ils se retrouvent dans l'intimité de leurs quatre murs. Grave erreur ! Imaginez : vous êtes en train de terminer votre dîner par un rafraîchissant yaourt au Bifidus lorsqu'on sonne à l'entrée. Certes, vous avez 99,99 % de chance de trouver sur le pas de porte un témoin de Jéhovah venu vous purifier un peu (il ne sait pas que vous avez déjà mangé le Bifidus, le pauvre) ou votre voisin ancien para venu vous prier, la bave au lèvre, de baisser le volume sonore de votre récepteur. Mais il ne faut pas négliger le 0,01 % restant, celui par lequel le miracle arrive : l'étudiante suédoise du cinquième, belle comme un coucher de soleil sur l'Anapurna, venue timidement vous demander de l'aider à traduire "Madame Bovary". Si vous ouvrez l'huis vêtu de votre pyjama Homer Simpson, c'est mort. Si vous avez au préalable enfilé votre peignoir de soie, c'est presque gagné...
Pour achever de vous convaincre, convoquons quelques porteurs de de peignoirs célèbres. D'abord, le N°1, Hugh Hefner. Il a fait du peignoir rouge satiné sa marque de fabrique, son uniforme indémodable. Honnêtement, si vous regardez l'extrait ci-dessous, tiré d'un épisode de son show télévisé "Playboy after dark" et tourné à bord de son DC-9 privé, vous n'enviez pas un peu la vie de ce mec ? Bon, OK, de nos jours l'ambiance s'est un peu dégradée, le ridicule a pas mal empiété sur le glamour, le fameux Playboy Mansion ressemble à un poulailler dont chaque pensionnaire serait une bête de concours (et quand je parle de concours, je ne pense pas à l'ENA, hein, plutôt à une foire agricole...). Mais enfiler un peignoir rouge satiné, c'est se mettre pendant quelques instants dans la peau de l'homme qui murmurait à l'oreille des bunnies...
Exemple suivant, le personnage de Jean-Pierre Marielle dans le film "... comme la Lune". Voilà un homme, un vrai, comme on n'en trouve plus dans ce XXIème siècle où le métrosexuel fadasse a remplacé le vrai mâle, celui qui bouffe ses rillettes à même le pot. Si la scène ci-après ne vous donne pas envie de céder au luxe voluptueux du peignoir en soie, j'avale mon béret.
Enfin, last but not least, votre humble serviteur. Hong Kong Fou-Fou. Quelques syllabes qui claquent comme une rafale de mitraillette. Regardez-moi : le regard perdu dans le lointain, absorbé dans des pensées inaccessibles au commun des bipèdes, une tranquille confiance transparaissant de mes traits parfaits. Assurance rime avec élégance. Et d'où me vient cette élégance, si ce n'est de ma robe de chambre ? Quoi, c'est un kimono ? Eh, oh, j'ai dit "Pouet pouet !", les je-sais-tout à la petite semaine !