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Par Wally Gator
13h00 : Le temps est clément. J’arrive au stade. Quelques "vieux" sont déjà appuyés sur la balustrade, à "leur" place. Le pré sent bon l’herbe mouillée fraîchement coupée et la terre humide. Plaquer sera un régal cette après-midi. Les copains sont là, les sacs sont entassés à l’entrée du club-house, ils boivent un café, mais pas tous, il y en a un qui a l’estomac trop noué. On ne joue pas une finale aujourd’hui mais pour lui c’est tout comme, tous les dimanches. Dans une heure, il vomira tripes et boyaux… On parle de la soirée de la veille, du film vu au ciné cette semaine, du match de la semaine dernière, une douce torpeur flotte dans l’air.
13h45 : "Allez, messieurs, en tenue !!!" Cette voix qui claque comme un coup de feu, c’est l’entraîneur qui nous rappelle que nous ne sommes pas venu faire de la photo. Aujourd’hui, on joue ! Et pas contre n’importe qui : c’est un derby. A l’aller, chez eux, ils nous avaient battus sur le fil suite à une pénalité face aux barres accordé pour un mauvais geste. Ceci dit, on n’en était pas à un mauvais geste près. Le match avait plutôt
ressemblé à une ouillade en bonne et due forme. L’ouillade était tellement réussie qu’aujourd’hui au bord du terrain nous avons un invité surprise : un délégué du comité. On ne va pas se laisser faire pour autant ! Nous rentrons dans les vestiaires, ils sentent bon le camphre, l’herbe, l’élasto, la terre … Chacun a sa place, son numéro, comme d’habitude j’ai le 13. Le claquement des crampons contre le sol en béton commence à se faire entendre pour devenir presque assourdissant. Les ballons circulent de mains en mains chez les "gros", en petites passes sautées pour nous. Le protège-dents est en place, les protège-tibias aussi.
14h15 : "Messieurs, dehors !". Nous sortons pour se dérouiller les pattes, accélérer un peu le rythme cardiaque, se débloquer les épaules. Quelques pompes, quelques abdos, sans oublier les duels balle en main, on raffûte un peu, pas fort.
14h45 : A nouveau, direction les vestiaires, c’est le moment où l’entraîneur parle, le capitaine parle, le demi de mêlée parle. Ce que je retiens globalement c’est : "On les châtie !", "On est chez nous !", "On pète pas les plombs !", "Pas de conneries, les gars, y’a un délégué !", "On joue et on gagne, c’est tout !", "Boule, ce 4, tu me le plies d’entrée !", "Ils ont du bien rire chez eux, la dernière fois !". En clair, on va encore jouer un match à l’ancienne, un match où les bouffes, les tartes aux phalanges vont pleuvoir, les coups de pompes et les stompings foisonneront. Il ne va pas faire bon jouer devant ou tomber. Il faudra absolument que je massacre mon vis-à-vis au premier placage ou que mon premier raffut le scotche…
15h00 : Ca y est, c’est à nous ! Un peu de vaseline sur les genoux, beaucoup sur les arcades sourcilières, les pommettes et les oreilles et c’est parti !
17h00 : Et bien, finalement, la partie a plutôt été bonne, virile mais bonne : une tarte ou deux pas plus, un jaune de chaque côté…Bref, nous gagnons haut la main et mon vis-à-vis est un vieux copain de classe. Il n’oubliera pas mon premier placage, je n’oublierai pas de lui offrir une bière ou deux (ou trois ou quatre voire plus…). La soirée va être longue : on a partagé un même plaisir sur le terrain, on va partager le même plaisir au bar. Nous allons chanter, tous ensemble, il n’y a plus d’adversaires, plus de vis-à-vis, plus de derby, que des copains. Qui va gagner la troisième mi-temps ?
Spéciales dédicaces :
- Ceux par qui tout a commencé, les Gambirots,
- Kiki, Jean-Fi, Jérome et Polo de Saint Jean de Védas,
- Serge de Bompas,
- Le RC Montréal québécois de 1997,
- Mick Louv’ et Mick Brant du BAC XV.