Par Hong Kong Fou-Fou
Hier soir, j'ai été voir un petit concert bien sympathique, il faut à tout prix que je vous en parle. Le nom du groupe, c'était King Khan & the Shrines. Je ne connaissais pas du tout, mais je m'étais un peu renseigné avant le concert, et ce que j'avais lu avait excité ma curiosité, puisqu'on y racontait que le jeune King Khan était un métis indo-canadien élevé dans une réserve apache, dont le groupe, les Shrines, portait bien haut la flamme (nan, pas olympique, rangez vos extincteurs...) allumée par Stax ou Motown en leur temps.
Avec quelques partners in crime, on s'est donc retrouvés dans une petite salle bondée, pour voir arriver sur scène une demi-douzaine de musiciens assez folkloriques, arborant divers quolifichets autour du cou. Le batteur mérite une mention spéciale : vous prenez Obélix, vous l'habillez en noir, vous le coiffez du scalp que vous avez arraché au hard-rocker du coin, et vous avez le batteur des Shrines. En fait, non, il y a mieux : vous remplacez Obélix par l'un de ses menhirs et là, oui, vous avez le batteur. Ce type n'a pas bougé pendant toute la durée du concert, n'a pas souri, n'a pas changé de physionomie, je ne suis même pas sûr qu'il ait respiré. Seuls ses bras oscillaient pour marteler les peaux. En fait, il n'avait pas l'air très concerné, on aurait dit qu'il aurait préféré être chez lui sur son canapé, à regarder l'intégrale de "L'homme du Picardie"... Il y avait aussi un percussioniste excellent, un petit Black tout ridé à casquette. Je viens d'apprendre qu'il se faisait appeler Mister Mystery et qu'il avait accompagné Curtis Mayfield et Ike & Tina Turner. Si ce n'est pas du curriculum vitae en béton, ça... Et puis aussi un trompettiste avec la même tête que Mort Shuman... Les Shrines ont entamé un instrumental, puis le maître de cérémonie s'est présenté, coiffé d'une énorme tête de vache, (ou d'âne, elle était abîmée), tenant à la main un long bâton surmonté d'un crâne et vêtu d'une veste que même Lagaf n'oserait porter... Autour du cou, un collier à base de crevettes et de dents de tigre (en plastique de Malaisie). Un hurlement - que même James Brown a dû entendre au fond de sa tombe - plus tard, et la grand' messe du wock'n'woll commençait. C'était parti (ou plutôt Party, pour les cinéphiles) pour deux heures d'un mélange épicé de soul, rythm'n'blues (tandooritm'n'blues, même, si vous me permettez...), teinté de voodoo et jungle beat, joué avec une énergie on ne peut plus punk. Bref, une musique pure, sobre, efficace, instinctive, séminale, qui fait danser, qui rend heureux. Pendant ce temps, des ados, allongés dans leur lit sous un poster de Tokyo Hotel, rêvaient sûrement de gagner un jour à "La Nouvelle Star". Bah, le monde est vaste...