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Créé en mars 2007

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Fury Magazine, toujours à la pointe de l'actualité d'il y a cinquante ans en arrière.

Nos garanties :

- Tous nos articles sont écrits sur des ordinateurs à fiches perforées gros comme une camionnette.

- Nos rédacteurs ne communiquent entre eux que par téléphone filaire.

- L'un d'eux est né avant 1960.


"Nous sommes l'avant-garde du passé."

Modern life is rubbish...

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... quoique...
Par Oddjob
  

"Dans des aventures sensationnelles, inédites… Spirou présente… Un type extraordinaire les amis ! Jean VALHARDI ! Un gaillard plein d’allant et de courage que vous aimerez. Comme vous aimez les héros de Spirou…"

Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire ! Précipitez-vous chez votre libraire favori et plongez-vous dans les aventures de VALHARDI, le célèbre détective dont la poignée de main, franche et ferme, était le signe de reconnaissance des membres du Club des Amis de Spirou. Eh oui, les belles éditions DUPUIS, nous proposent, enfin, une magnifique intégrale digne de ce nom, avec un premier tome regroupant les années 1941 à 1946, avec Doisy au scénario et surtout Jijé au dessin. Alors mieux qu’une distribution de cartes de rationnement gratuites… lisez les enquêtes de VALHARDI !

Vous En Voulez Encore ?

Trop chauve pour être une rock star, trop asthmatique pour être footballeur, pas assez alcoolique pour être écrivain, trop Français pour être Anglais, pas assez suicidaire pour être artiste, trop intelligent pour la télé-réalité. Il ne me restait pas grand' chose, et ce pas grand' chose, c'est devenu Fury Magazine. Hong Kong Fou-Fou


Rédaction :
wally gator logo Wally Gator : rugby de village, communion solennelle et charcuterie.
Eleve-Moinet-2.jpg  Elève Moinet : permis B, Première étoile, BEPC (mention Assez bien)
oddjob logo 2 Oddjob : KPM, RKO et Kop Boulogne.
barbidule-logo.jpg Barbidule : contradictions, bals de village et coloriage.
Getcarter logo Getcarter : mod, mod, mod.
hkff logo Hong Kong Fou-Fou : soins capillaires, huile de moteur et kilomètre arrêté.

N'hésitez pas à nous écrire : fury.mag@gmail.com (Pas de compliments, nous sommes modestes. Pas de critiques, nous sommes susceptibles. Pas d'insultes, nous sommes hyper baraqués. Pas de propositions à caractère sexuel, nous sommes fidèles.)
Vous pouvez également devenir fan de Fury Magazine sur Facebook (ici : Fury Magazine sur Facebook).
23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 06:27

wally gator logo Par Wally Gator

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Il y a quelques jours je suis allé voir Kingsman avec un ami, fan de BD et de métal. Oui, de métal, le bruit fait par des chevelus, moches et beuglards. J’ai un ami comme ça, oui oui, je t’assure, cher lecteur. Mais je m’égare.

Alors, soyons honnêtes : ce n’est pas la huitième merveille du monde et probablement pas un film qui laissera une trace indélébile dans l’histoire du cinéma, mais franchement, j’ai passé un excellent moment. Adapté d’une BD de Mark Millar (Kick-Ass), Dave Gibbons (Watchmen) et Matthew Vaughn, le film, réalisé par le dernier cité (j’espère, lecteur, que tu me suis…), nous plonge dans un monde où les agents secrets sont un mélange de James Bond, d’Austin Power et de James West. Ils ont des super gadgets comme des lunettes incroyables, un parapluie pare-balle ou des lames qui sortent de leurs Oxford. Ces agents se battent d’une façon à faire pâlir Bruce Lee, Aragorn et Légolas réunis. Le méchant est très méchant, très cruel, très riche et mégalomane. En un mot, il est parfait. Le chef des agents est parfaitement britannique, le tailleur est riche, les filles bien en formes et parfaitement à leur place : tueuse froide et sexy ou princesse en détresse prête à tout pour remercier leur sauveur. Voilà, le décor est planté, rien ne manque pour faire un parfait divertissement sur fond de "Mission : Impossible" sans le scientologue de service, heureusement.

Cependant, j’ai quelques regrets, je ne te le cache pas, cher lecteur. Concernant la jeune recrue en particulier. J’aurais tellement aimé voir un supporter d’une équipe de foot de 5ème division, bas du front et au poil ras… Mais bon, rien n’est vraiment parfait. Dommage ! Ah si, notons quand même cette bagarre fantastique dans le pub ! Et puis, toutes ces superbes pubs Guinness, et puis cette pinte, puis ces leçons sur l’élégance et la noblesse, et puis c’est tout. Faut aller le voir. Juste parce que c’est bien fait, sans prétention, et surtout d’une outrance complètement assumée et du coup absolument savoureuse.


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Published by Wally Gator - dans Cinéma et TV
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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 06:52

oddjob logo 2 Par Oddjob

 

C’est d’abord le souvenir d’une image. Celle d’un camion avec une drôle de calandre, au milieu d’un pont suspendu au-dessus d’une rivière en furie, risquant de chavirer visiblement à tout moment. Et la pluie, battante, qui ruisselle. Un homme est à côté, s’agrippant comme il le peut aux vestiges de ce pont.

Ce n’est que quelques dizaines années plus tard que cette image se révéla être tout droit sortie d’un film de William Friedkin, Sorcerer – Le Convoi de la Peur, invisible depuis son cuisant échec commercial, mais avant tout nouvelle adaptation du roman de Georges Arnaud, Le Salaire de la Peur, et donc remake du film éponyme de Clouzot.

Mais ce n’est que plus récemment que je découvris que le casting initialement prévu regroupait Steve McQueen, Lino Ventura et Marcello Mastroianni. Au final, furent embarqués pour cette aventure Roy Scheider, Bruno Cremer, Amidou et Francisco Rabal.

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Le film, enfin, je ne le visionnai qu’il y a peu de jours…

Bref, plus de trente ans s’étaient écoulés depuis ce lointain souvenir, fruit de tous mes fantasmes cinématographiques. Quant à l’histoire de ce tournage, je ne saurais trop conseiller la lecture roborative des mémoires de Friedkin, récemment parues en français.

Si l’on ne saura jamais ce qu’aurait pu être la confrontation à l’écran entre Frank Bullitt et Antoine Beretto, il faut bien admettre que la vedette américaine retenue, Scheider (qui venait d’enchaîner entre autres, excusez du peu, French Connection, Jaws et Marathon Man) est bien éclipsée par la prestation du Français Cremer.

Ce dernier y campe un homme d’affaires parisien, poussé à tout quitter pour d’obscures malversations financières. Plus proche d’un Homme pressé et détaché version Morand que d’un vulgaire arriviste de la finance façon Tapie, il va se trouver associé à un tueur  (Rabal), un terroriste palestinien (Amidou) et un petit truand du New Jersey (Scheider), tous en fuite, pour convoyer la fameuse cargaison de nitroglycérine au fin fond d’une petite dictature d’Amérique du Sud.


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Cremer y excelle dans la peau d’un homme revenu de la jungle financière pour finir dans la jungle tout court, y trainant sa carrure épaisse mais altière et son physique élégant et somme toute aristocratique.

Il finira par y laisser sa peau… Mais de toute façon, il n’était déjà plus de ce monde !

Mais l’avait-t-il déjà été ?

Ce type d’homme, marqué par le sens de l’honneur et du sacrifice, Cremer ne l’a que trop souvent incarné, à commencer dans les films de Pierre Schoendoerffer, qui l’emploiera par trois fois.

 

La première fois et sans doute la plus célèbre, c’est dans La 317ème Section, incarnant, au vrai sens littéral du terme, l'adjudant Willsdorff, "ancien" du Front de l’Est, secondant un jeune officier (Jacques Perrin) tout frais, égaré dans une guerre d’un nouveau genre. Autre jungle, autre défaite à l’arrivée. Mais toujours, avec le sens du devoir, quel que soit le camp défendu.

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Puis, dans l’oublié (hélas !) Objectif 500 millions. Cremer y est un ancien (encore) officier tout juste sorti de prison suite à une condamnation pour activités subversives (l’actualité est encore brûlante, on sort à peine de la Guerre d’Algérie…), embringué dans l’attaque d’un avion transportant les fameux 500 millions, par la délicieuse égérie pop, Marisa "Yo" Mell (deux ans avant Danger : Diabolik) et le solitaire (et trop tôt disparu) Jean-Claude Rolland.

Dans un noir et blanc très Nouvelle Vague, au son d’un distingué "Dis à ton capitaine" chanté par France Gall, Cremer/Richau se demande tout au long du film ce qu’il peut encore faire dans un monde qui n’est pas le sien.  Et en vingt secondes, tout est dit :

Yo : Vous pourrez trouver un métier avec vos capacités.

Richau : Y a qu’trois métiers pour un homme… Roi, poète ou capitaine… Malheureusement, je ne suis pas poète…    

 

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Il ne lui restait donc qu’à être roi ou capitaine…

Il n’en sera pas très loin dans son dernier rôle à l’écran (dernière apparition également pour Jacques Dufilho et Philippe Clay, deux autres types "hors du temps")  et dernier film pour Schœndœrffer, Là-haut, un roi au-dessus des nuages. Sorte d’Au Cœur des Ténèbres en Indochine et de film testamentaire, avec un Cremer en ex-colonel des services spéciaux français. Encore et toujours le baroud et cette guerre, décidemment et définitivement oubliée !

Entre-temps, il aura retrouvé un autre capitaine (Sergent, celui-là…), Jacques Perrin et Raoul Coutard passé de directeur de la photo (chez Schœndœrffer mais aussi chez Godard) à la réalisation, avec La Légion Saute sur Kolwezi. Palot film de guerre à la française, mais encore une fois "sauvé" principalement par Cremer (et accessoirement par Guiliano Gemma, portant beau le béret vert !), en coopérant français donnant dans le "coup de main", au milieu des soubresauts de la décolonisation.

Autre temps, autre moeur mais même baroud… dans la peau de Bonnot, aux côtés de Jacques Brel en Raymond la Science. Ou en colonel Rol-Tanguy, chef des FFI, dans Paris Brûle-t-il ?

Mais paradoxalement, quel magnifique ennemi public n°1 ne fut-il pas ? Un Epervier à la démarche de fauve, traqué par LAlpageur (Belmondo), sur une partition de Colombier, qui sous couvert d’un emploi de steward bon teint, est bien davantage qu’un tueur solitaire ne s’embarrassant ni de témoins et ni de ses "cocos" de complices. Deux hommes sans nom mais non sans passé, cependant "pas assez riches pour se racheter leur propre passé".

Finalement, revêtir la dégaine singulière de Maigret fut une manière de poursuivre sa campagne de baroudeur. La pipe et le cache-nez, remplaçant la gitane sans filtre et le chèche, certes, mais la solitude face à un monde que l’on ne comprend plus et le rejet d’une certaine médiocrité bourgeoise, le range définitivement dans le camp de ceux qui "réagissent"…

Le baroud s’acheva un jour d’été 2010. C’était Le Temps de Mourir !

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 06:21

Eleve Moinet 2 Par l'élève Moinet

 

Voici mon meilleur article. Il est à lire avec la voix de Patrick Brion du Cinéma de minuit sur France 3.

A l’occasion de l’anniversaire de la naissance du regretté Maître Capello, Fury Magazine a le plaisir de vous diffuser un extrait de la première émission des "Jeux de 20 heures" à Bordeaux. L’indigence de Fury Magazine ne nous permet pas de vous diffuser l’émission dans son intégralité. Le prix du téléchargement légal étant de 1,99 €.

Linguiste, cruciverbiste et verbicruciste, Jacques Capellovici, dit "Maître Capello", collabora tour à tour au Francophonissime, à Télé 7 Jours ainsi qu’aux Jeux de 20 heures mais jamais à Fury Magazine.


La semaine prochaine, dans Fury Magazine,  nous retrouverons la célèbre sélection musicale.

 


Les lecteurs les plus perspicaces ayant trouvé la phrase mystère peuvent nous la communiquer en cliquant dans la rubrique "Ecrire un commentaire".
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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 06:28

oddjob logo 2 Par Oddjob

 

Contrairement à ce que s’imaginent nos plus fieffés détracteurs, à Fury Magazine nous détestons les étiquettes !

Ici, pas d’esprit de chapelle, pas de mausolée secret, pas de culte à un saint-patron poussiéreux (même si le nôtre tend à le devenir, lui… saint, pas poussiéreux, bien entendu) : juste la recherche de l’excellence, l’affirmation de goûts sûrs. L’éclectisme est notre règle, notre phare dans la nuit. Pour autant, pas de place pour l’ouverture d’esprit, expression honnie, au même titre que la tolérance… Nous savons nous tenir et bannissons tout signe de laisser-aller frénétique ou de prêt-à-penser sclérosé.

Les preuves ? Les Sparks font bon ménage avec Oasis. Jean-Pierre Léaud et Steve McQueen ne se privent pas de trinquer ensemble. Sirop d’orgeat et demi ennivrent aimablement les esprits. Les affiches du Rocky Horror Picture Schow et des Magnificient Seven embellissent nos intérieurs. Spirou et Tintin s’en vont buller, bras dessus, bras dessous.  Nos tables de nuit sont encombrées des polars de Jean-Patrick Manchette et des nouvelles d’Antoine Blondin.

C’est ainsi que l’exhumation de nouvelles figures tutélaires, l’ambition de toujours élargir notre panthéon (cinéphile, musical, littéraire…) nous animent.

La dernière figure de proue en date, redécouverte au hasard de la programmation judicieuse d’une chaîne câblée, tomba immédiatement sous le sens. Toutes nos exigences réunies en un seul homme : brave et humble, droit mais rebelle, élégant et jamais apprêté, éloigné de tout esprit ambitieux, détaché du monde moderne, fier aventurier et grand acteur.

Trop souvent réduit à son rôle de Johnny Guitar (qui, pourtant n’était pas pour lui un rôle de composition, tant son désir de justice s’opposait à la folie justicière et vengeresse d’une petite bourgade de l’Arizona, reflétait son état d’esprit) Sterling Hayden, campe, à chacune de ses apparitions à l’écran, des personnalités tout en retenue, "modestes" et sensibles, à mille lieues de toute démagogie contemporaine.

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Exception, et de taille, son interprétation du général Ripper, dans Docteur Strangelove (Or how I learned to stop worrying and love the bomb) de Stanley Kubrick. Hanté par la menace soviétique, Hayden en officier que son anticommunisme forcené pousse à déclencher une offensive nucléaire, y fait merveille, dans un registre flirtant avec la comédie grinçante. Car la guerre, lui, l’avait connue, envoyé par l’OSS en Yougoslavie afin d’encadrer les partisans communistes de Tito…

 

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Mais c’est davantage dans le polar et l’adaptation d’un classique du comic d’aventures chevaleresques qu’il va confirmer nos attentes.

The Asphalt Jungle (Quand la ville dort) et The Killing (L’ultime razzia) s’imposent, dès les années 50, comme les nouveaux canons du genre noir. Même mise en scène nerveuse chez Houston comme chez Kubrick, même sens de la dramaturgie, sans fioriture ni blabla, même scénario (l’organisation d’un hold-up par un ancien truand tout droit sorti de prison) et même "héros", Hayden donc, composant deux magnifiques portraits de malfrat sentimental, avec une distance toute naturelle.

 

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Mais entre les deux, il sera Sire Gauvain, dans l’adaptation du chef d’œuvre dessiné d’Harold Foster, Prince Valiant d’Henry Hathaway en 1954. Déjà barbu, prenant le jeune prince hyperboréen sous sa protection pour en faire un vrai chevalier de la cour du roi Arthur, sa bonhomie et son idéalisme royal s’opposent au félon et perfide Sire Brack, joué par un James Mason machiavélique en diable.

Plus tard, alors qu’il est à Paris, en ce début des années 70, vivant sur une péniche en bord de Seine, il est rappelé par Coppola qui le veut sur le tournage de The Godfather, pour incarner le chef de la police de New York.

A la suite de Coppola, c’est Altman qui le convoque sur The Long Goodbye, tiré de Raymond Chandler. Face à Elliott Gould, l’un des meilleurs Marlowe à l’écran, plongé dans une intrigue soigneusement alambiquée, Hayden y est Wade, sorte d’Hemingway déchu et désabusé, magnifique misanthrope dans un Los Angeles en perdition.

 

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Il fut même pressenti pour affronter un autre type de requin, blanc celui-là, dans Jaws, et incarner le chasseur Quint (rôle confié au final à Robert Shaw).

De même, quelques années auparavant, Truffaut tenait à lui confier le rôle de Montag, le caitaine des "pompiers" dans Fahrenheit 451. En vain (et ce pour d’obscures contraintes de coproduction internationale).

Clochard céleste, amateur de cigare, rongé par le remord d’avoir été "utilisé" par le FBI lors de la chasse aux sorcières dans le milieu hollywoodien, lui que les idéaux révolutionnaires avaient justement mis à l’écart de ce milieu qu’il méprisait, il connaîtra l’aventure maritime tout au long de sa vie. Retrouvant ainsi l’esprit de sa jeunesse, c’est à bord de son voilier, le Wanderer, qu’il affrontera les océans, accompagné d’une escouade de jeunes gens révoltés par ce qu’est devenu l’American Way of Life. De ces courses, il en tirera deux beaux livres, Wanderer et Voyage, véritables écrits corsaires, pleins d’idéaux romanesques et surannés. 

 

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Certains avant lui avaient mis leur peau au bout de leurs idées. Hayden, fuyant les modes et les postures intellectuelles, vécut ses idées. Il fut sans doute l’un des rares acteurs au cœur aventureux et rebelle.

Qu’il soit à présent notre capitaine.

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 07:18

oddjob logo 2 Par Oddjob

 

Cet article aurait pu débuter différemment.

J’aurais pu vous concocter une bonne petite intro racontant comment, alors que j’avais une dizaine d’années, je découvris par un beau dimanche après-midi, sur feu Antenne 2, tout à la fois des acteurs auxquels je décidais illico de ressembler (Mc Queen, Coburn, Brynner and co), un standard du western (The Magnificient Seven), mais aussi, et peut-être surtout, une musique impressionnante. Pour la première fois, je frissonnais rien qu’à l’idée de réentendre à chaque scène la composition d’Elmer Bernstein (un nom que j’ignorais bien évidemment à l’époque).


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Ou comment l’histoire de sept mercenaires prêtant main forte à des paysans mexicains rançonnés par d’autres Mexicains, bandits et armés jusqu’aux dents ceux-là, enluminée d’une partition fougueuse, peut transformer votre vie !

Car j’avoue qu’une petite contribution sur les bandes originales de films me trottait dans la tête depuis déjà longtemps. Et puis, le dernier coffret proposé par Stéphane Lerouge, dans son indispensable collection Ecoutez le Cinéma (oui je sais, je me répète !), et consacré aux scores des films de Louis de Funès, a été le déclic…D’autant plus qu’il a constitué la bande son parfaite de mon été ! Que voulez-vous, les partitions de grand Raymond Lefèvre (même pour un nanard comme Le Gendarme et les Extraterrestres) ou du trop souvent mésestimé Vladimir Cosma, m’ont toujours enthousiasmé.


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Ensuite j’aurais pu, aussi, convoquer John Barry (comment choisir un titre parmi tous ses chefs d’œuvre ?), Bernard Hermann (North By Northwest, Psycho), Alex North (Spartacus), Maurice Jarre (Doctor Zhivago, The Professionals), Dimitri Tiomkin (Rio Bravo, The Guns Of Navarone), Michel Magne (Fantômas, Ne Nous Fâchons Pas), Michel Colombier (Le Pacha, L’Alpagueur), Philippe Sarde (Les Choses de la Vie, La Valise), François de Roubaix (Les Aventuriers, Dernier Domicile Connu), Riz Ortolani (Cannibal Holocaust)… Sans hiérarchie aucune !

 

Car, disons-le tout de suite, que ceux qui ne conçoivent la musique de films que comme un accessoire (au mieux) ou un bruit de fond (au pire), passent leur chemin. 

Ici, on consent à s’adresser exclusivement à ceux qui sont tombés amoureux d’Audrey Hepburn sur les notes de Mancini (un matin devant chez Tiffany’s ou un soir dans un club parisien) ; ceux qui, passés deux mètres de profondeur, entendent systématiquement du John Williams et imaginent les belles mâchoires de ce grand blanc de Bruce ; ceux qui ont la gorge nouée aux premières mesures de Delerue sur le thème de Camille (et à la vue des fesses de B.B….) ; ceux qui, même au volant de leur break familial, glissent du Lalo Schifrin dans l’autoradio et croient être poursuivis par une Dodge Charger RT dans les rues de leur médiocre ville de province…

Pour autant, certains (grands) cinéastes ont su se passer allégrement de (grands) compositeurs de B.O. Associer du Wagner à une charge d’hélicoptères au dessus des rizières, en pleine guerre du Vietnam, relevait du génie chez Coppola. De même pour Kubrick qui convoque Purcell, Bach et Schubert sur Barry Lyndon. Mais la démarche d’un Tarantino n’est pas si éloignée de celle de ses illustres "collègues". À mille lieux des "compil" alibi servant hélas aujourd’hui de bande-son aux films "Kleenex" qui abreuvent nos écrans (exception faite sur Trainspotting à la play-list exigente !), le fin connaisseur es soundtracks nous réserve, à chacune de ses bobines, des trouvailles qui flattent nos oreilles (le plan d’ouverture de Jackie Brown au son de Bobby Womack est un sommet de l’alchimie parfaite entre image et son !) https://www.youtube.com/watch?v=KKQWn-UBDTo. Quand d’autres enfin, ont préféré réaliser et composer tout à la fois : un John Carpenter en étant le plus parfait exemple…


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Seulement voilà, une triste nouvelle vint gâcher la fête. En effet, cette rentrée fut cruelle pour le panthéon de la musique de film. Le 11 septembre dernier s’éteignait le méconnu et discret Antoine Duhamel (dans un autre registre, et encore pas si éloigné, la veille, avait vu disparaître l’ "immense" Richard Jaws Kiel…).

Car pour les amateurs de la Nouvelle Vague, c’était à lui que l’on devait les bandes pour Pierrot Le Fou (il y fera chanter Belmondo et Karina) ou Week-end de Godard. Pour Truffaut, il signa quatre compositions dont les suites des aventures d’un autre Antoine, le lunaire Doinel : Baisers Volés et Domicile Conjugal. Pour le tintinophile averti, Tintin et les Oranges Bleues, c’était encore lui.


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Mais surtout, il comblera les amateurs de frissons et d’atmosphère lugubre sur Belphégor ! (Sa partition est si exceptionnelle que The Wu Tang Clan la pillera allégrement sur le jubilatoire Gravel Pit…). Et puis comment oublier que le premier film réalisé par Maurice Ronet, Le Voleur du Tibidabo (ou la drôle d’escapade barcelonaise d’un marchand de glaces, avec Ronet lui-même et à nouveau la troublante Anna Karina !) fut mis en musique par Duhamel https://www.youtube.com/watch?v=smf_Vu4tWEA

Et finalement tout cela pour en arriver où me direz-vous ?

Mais nulle part, très cher lecteur. Pour le seul plaisir de la divagation sans but. Ce n’est déjà pas si mal.

Mais, allez pour terminer et contenter quelque peu les curieux, voici cinq thèmes précieux, comme autant de facettes d’un genre pour amateurs exigeants :

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 06:13

Eleve Moinet 2 Par l'élève Moinet

 

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Les jours fériés, les horaires du cimetière parisien de Saint-Ouen, édifié en 1872 pour faire face à l’engorgement du cimetière Saint-Vincent (18ème), sont les mêmes que ceux du dimanche. Les derniers visiteurs sont admis au plus tard un quart d’heure avant la fermeture. Cela leur laisse à peine le temps de traverser les 27 hectares de la nécropole, répartis en 48 divisions. La 31ème, accoudée aux voies de stockage de la gare du Nord est la plus éloignée de l’entrée de l’avenue Michelet. Elle comporte, entre les avenues transversales N°1 et 2, une tombe référencée sous le numéro 3. Pas de stèle, mais sur la pierre délavée, une plaque et l’inscription "Mireille Balin, actrice 1911 – 1968". Coquetterie posthume pour celle qui était née, en réalité, deux ans plus tôt à Monte-Carlo.

Mireille, Tino, Ginette, Victor, Jean, les années 30… Une fois n’est coutume, pas de Liam, John, Jimmy et de Swinging London sur fond Bic orangé. Désolé pour les uns, les autres c’est une ligne plus bas.

Vendu sur Ebay, le dépliant "Festival femmes fatales" présente sur 190 cm - une fois déplié - une "Liste des 21 films présentés et (une) Superbe galerie de 19 portraits de leur(s) vedette(s) féminine(s) : Lauren Bacall, Joan Crawford, Cyd Charisse, Bette Davis, Marlène Dietrich, Greta Garbo, Rita Hayworth, Marilyn Monroe, Kim Novak, Barbara Stanwyck, Liz Taylor, Gene Tierney, Lana Turner, Mae West". Offerte par Le Printemps, la brochure ne mentionne aucune actrice française. Tout juste, l’Allemande Marlène Dietrich, émigrée aux Etats-Unis et la Suédoise Greta Garbo trouvent grâce aux yeux du grand magasin pour incarner la vamp européenne.

Pourtant et pourtant. Dans les années 30, le cinéma français est le meilleur du monde. Certes, le cinéma romantique est américain (La fiancée de FrankensteinLes Hauts de Hurlevent) et l’expressionniste, allemand. Mais hérité du théâtre, il enchaîne les classiques. Les Raimu, Jouvet, Fresnay, Jules Berry portés par les Clouzot, Carné, Renoir, Guitry, Pagnol… s’en donnent à cœur joie. Si les seconds sont confiés aux excentriques, les premiers rôles le sont rarement aux jeunes premiers. Quant aux jeunes premières, l’expression n’existe même pas. Pourtant il n’y a pas que l’argent qui fait tourner les têtes et les bobines de film. L’ambition, la trahison. Les femmes aussi. Elles s’appellent Maximilienne, Jeanne Fusier-Gir, Pauline Carton, vieilles filles de service. Arletty, Ginette Leclerc, Suzy Delair, Orane Demasis, Gaby Morlay. Dans Le Corbeau, Le voile bleu, Marius et Fanny… Mères-la-patrie ou garces patentées. Il y a bien Line Noro ou Jacqueline Delubac, mais décidément, comme le crime, la beauté ne paye pas. Elles s’appellent… Elle s’appelle aussi Mireille Balin. Gaby, la Parisienne dans Pepe le Moko de Julien Duvivier ou Madeleine, la vénale arriviste de Gueule d’amour. Le public, comme Gabin dans la Casbah tombe sous son charme de femme fatale.

Mais, comme sur le quai d’Alger, lui non plus ne peut la retenir. Pas plus que le désormais fameux Victor "Young" Perez cinq ans plus tôt, champion du monde de boxe poids mouche franco-tunisien, rencontré lors de la soirée que le tout-Paris donne en l’honneur de son improbable victoire. Si l’un rencontre l’amour, l’autre rencontre la gloire. Gloire éphémère. Victor Perez perd son titre et ses illusions six mois plus tard à Manchester. Comme il est dit dans A l’ombre de la gloire, "Mireille n’aime ni la Tunisie, ni les perdants, ni les fauchés". C’est le début de la fin pour celui qui finira déporté dans l’hiver d’Auschwitz, dénoncé et arrêté par la Milice. Lui qui n’avait pas voulu quitter Paris et ses fantômes de gloire et d’amour perdu pour sa Tunisie natale.

Oublié le champion. Avec un riche politicien, futur ministre à ses heures. Avec Tino. Tino, le beau Tino Rossi, pas encore le chanteur de charme qui croit encore au Petit Papa Noël. Non, Tino, celui dont rêvent toutes les femmes. Toutes, sauf une : Mireille. Mireille qui l’ignore lors de leur rencontre. Il n’en faut pas plus. Le coup de foudre est réciproque. Mais Mireille n’est pas à la vie comme à l’écran, jalouse et possessive. Le chanteur déchante. "Mireille qui était si belle, de cette beauté troublante et vivante que possèdent rarement les femmes, Mireille doutait de son charme et de son pouvoir sur les hommes. Aussi paradoxal que cella puisse paraître, c’est pourtant la vérité." 1937. Mireille et Tino sont en Amérique. Elle, à Hollywood pour la MGM, lui à New York. Si loin, si proches. Mal du pays et retour à Paris. Elle n’a pas tourné un seul film. Lui va tourner la page. Alors que le chanteur s’embarque sur Le Normandie, Mireille, vingt ans avant Jeanne Moreau, s’embarque dans un drôle de tourbillon. Elle tourne et retourne. Huit films en deux ans. Un dernier, Macao l’enfer du jeu avec Eric Von Stroheim, interdit par les Allemands. C’est la guerre et le début de la fin. Pour elle aussi. La roue vient de tourner mais elle ne le sait pas encore. Une toupie que le destin a pressée. La voilà à Rome pour un film pro-franquiste commandé par Mussolini. La voilà qui s’étourdit aux galas artistiques et de… bienfaisance de l’ambassade d’Allemagne à Paris. A-t-elle perdu l’équilibre ? Est-ce pour elle un dernier moyen d’exister ? Comment savoir. Un jeune officier viennois, riche et stylé lui fait tourner la tête et le dernier film de sa vie. Mais la liaison est voyante, très voyante et Mireille pas prévoyante. Dans "1940-1945 Années érotiques", Patrick Buisson raconte : "En janvier 1942, au théâtre des Champs-Elysées, lors de la représentation de Jeanne avec nous, une pièce de Claude Vermorel, l'entrée du couple fait se retourner les spectateurs de l'orchestre. Les noceurs plus blasés n'ont pas la même curiosité lorsque l'actrice et son sigisbée font leur apparition, toujours vers la même heure, Chez Eve ou au Grand Jeu, Chez Shéhérazade ou au Tabarin. Au petit matin, ils rentrent dans le superbe appartement de l'avenue d'Iéna, avec vue sur la Seine, qu'elle a acheté après que celui qu'elle occupait, boulevard Suchet, eut été réquisitionné par les Allemands."

La voilà, les voilà à Cannes. La libération est proche. Tout dépend pour qui. Ses tourments l’attendent au tournant sur la route de Beausoleil, rattrapés par les FFI, à moins que ce ne soit au fond d’une cave, selon les versions. On ne reverra plus Basil Desbok l’amant d’infortune. Quant à elle, elle fut "abîmée" comme le dit élégamment Jean Delannoy dans les suppléments de Macao, l’enfer du jeu. Doux euphémisme, mais ils sont là pour ça. Jetée en prison à Nice, elle est libérée de Fresnes en janvier 45.

Comme un symbole, elle tourne un dernier film en 46, le bien-mal nommé La dernière chevauchée. Mais l’actrice n’est que l’ombre d’elle-même. Le public ne l’aimait pas mais l’admirait. Le public se détourne. Lui aussi. Ses rôles de femme fatale lui sont fatals. Retour de bâton à défaut de manivelle.

Il parait que "Le cinéma, c’est ce qui reste quand on a enlevé l’histoire". Mireille Balin est restée quand on lui a enlevé le cinéma. Par la force des choses. Elle a 37 ans. Criblée de dettes, poursuivie par le fisc, elle doit vendre Catari, sa villa cannoise, et son appartement parisien de l’avenue d’Iéna. Comme dans un mélo d’avant-guerre, tout s’enchaîne. Souffrance sans clémence. Selon les dires, on parle de congestion cérébrale, de typhus, de méningite, de fièvre de Malte, de maladie de peau et d’opération ratée. De troubles de la vision... Sa dernière maison à Cannes est vendue. L’hôpital de Nice, avant de se réfugier chez une cousine à Paris. Nous sommes en 1957. Mais Thérèse meurt d’un accident d’avion. Le facteur (mal)chance sonne toujours deux fois. Le tourbillon n’a pas de fond. Mireille se réfugie dans un petit hôtel du 17ème, solitaire et recluse.

Les années passent et repassent. Sans ressources, elle est recueillie, selon l’expression consacrée, par l’association "La roue tourne". Décidément, la vie n’a rien d’une ligne droite pour celle qui n’a jamais été gauche. Elégance oblige.

1968, Mireille a d’autres préoccupations que les événements qui se déroulent à Paris. Qui reconnaîtrait ce visage, dissimulé par un foulard, qui a illuminé les écrans et électrisé les hommes ? Qui reconnaîtrait cette démarche mal assurée ? L’alcool pour s’étourdir. Une dernière fois.

J’ai longtemps imaginé "La roue tourne" comme une pension de famille pour artistes sur le retour à l’adresse du boulevard des rêves brisés. Comme si Hopper avait peint son tableau Boulevard of broken dreams dans un coin de Paris. Une pension de famille au N°21 d’une rue parisienne comme celle où habitait l’assassin. Où les stars déchues referaient le monde qui les a oubliées, attendant le courrier dans un dernier espoir de cachet, avant de dissoudre le leur dans un verre, pour dissiper les brumes matinales d’un réveil sans rêves.

Une pension de famille où Jean Tissier eut son meilleur rôle. En noir & blanc. Le volubile magicien Lallah Poor dans le premier film de Clouzot en 1942. Patronyme prédestiné pour celui qui allait mourir dans la misère, une fois la magie envolée.

Pepe le Moko, Gueule d’amour, Macao, Dernier atout, L’assassin a peur la nuit, L’assassin habite au 21… Il en manque un : La femme que j’ai le plus aimé, film à sketches d’un autre âge. Mireille rencontre Jean, au milieu d’éclats de rires, de coupes de champagne et de quiproquos. Vous pensez, l’acteur a tellement attendu ce moment. Il a même rédigé ses mémoires avant d’avoir connu le succès, sinon la gloire.

Mireille Balin, l’actrice et "Jean Tissier (le) comédien, 1896 – 1973", comme il est inscrit sur la plaque de la tombe N°69, accolée à la N°3 de la division 31 du cimetière de Saint-Ouen, celle accoudée aux voies de stockage de la gare du Nord.


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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 06:36

hkff logo Par Hong Kong Fou-Fou

 

"Bienvenue à tous au pays des champions ! Accueillons tout de suite... Julien Lepers !!!

(...)

- Martine et Gérard sont prêts ? Place au jeu ! Télévision. Top. Je suis une série télé d'aventure et d'espionnage des Sixties produite par Denis Spooner et Monty Berman...

- Département S ?

- Non Gérard. Top. Produite par Denis Spooner et Monty Berman pour la firme ITC...

- Le Saint ?

- Toujours pas Gérard. Top. Je mets en scène un deux hommes et...

- Je sais ! Je sais ! Amicalement vôtre !!!

- Quelle impétuosité Martine ! Non, malheureusement. Je disais donc, je mets en scène deux hommes et...

- Le Prisonnier ?

- Pardon, Gérard, mais j'ai dit deux hommes.

- Justement ! Le N°6 et le N°1, son alter ego torturé, qui représente la vraie personnalité que chacun d'entre nous essaie de dissimuler derrière la lisse façade des convenances que nous impose une société castrée devenue castatrice par réaction. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser à penser, le Prisonnier n'est pas le N°6, retenu contre son gré au Village, mais bien le N°1, étouffé par les à-priori d'une société bourgeoise. Au secours, que personne ne bourge ! Et je ne parlerai même pas du rover, cette grosse boule blanche qui asphyxie le non-héros de la série. Que croyez-vous qu'elle symbolise ? Rien d'autre qu'une bulle de chewing-gum, et par là-même l'impérialisme américain qui asservit les peuples et qui...

- Cher public, je vous rappelle que Gérard est titulaire d'une licence de socio, d'un master de psycho, qu'il est abonné à Télérama depuis qu'il a 8 ans et que, accessoirement, il met mes nerfs à rude épreuve depuis trois semaines de victoires consécutives. Et j'aimerais vraiment, Martine, que vous fassiez un petit effort pour que ça s'arrête là. Bien, je me reprends, et je reprends : donc, non, la bonne réponse n'est pas "Le Prisonnier". Top. Je mets en scène deux hommes et une séduisante jeune femme...

- Alias ?

- Alias, Gérard ? C'est américain, c'est contemporain, ça ne correspond en rien à ce que je viens de dire, que vous arrive-t-il ?

- Oui mais il y a une séduisante jeune femme ! Jennifer Garner, quand même ! Celle-là, je la baiserais mal, mais je la baiserais bien (© Manu)...

- Gérard, je préfère encore quand vous nous assénez vos poncifs pseudo-intellectuels... Alors, je raconte des histoires d'espionnage mais avec une touche de fantastique et de surnaturel...

- Chapeau melon et bottes de cuir ?

- Toujours pas. Top. Mon nom présente une ressemblance avec le titre de cette émission. Je suis ? Je suis ?...

- La question ?

- La question ? Mais n'importe quoi ! Les Champions, bien sûr ! Bon sang mais ce n'est pas possible, qui m'a fichu des branquignols pareils !?!


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Ce moment télévisuel, évidemment authentique, est révélateur de l'oubli dans lequel sont tombés les Champions et auquel a échappé la multitude d'autres séries d'espionnage ou policières de la même époque. "Le Prisonnier", tout le monde s'en souvient et écrit des thèses dessus, Gérard y compris. "Chapeau Melon et Bottes de Cuir", c'est un incontournable de la télé, au même titre que les "Jeux de 20h" ou la "Chance aux chansons".

Quand on évoque "Les mystères de l'Ouest", "Max la Menace", "Mission impossible" ou "Le Saint", on sourit en pensant avec nostalgie "Qu'est-ce que c'était bien !"
Pour "Des Agents Très Spéciaux", là il y a du monde ! Pour "Mannix" ou "Kojak", on se bouscule. Mais pour "Les Champions", c'est l'amnésie générale. Tout le monde s'en fout. Alors il est temps de redorer un peu le blason de cette série mésestimée.

 

A ce stade, j'ouvre une parenthèse :

Fidèle lecteur aussi inconnu que respecté, tu as maintenant deux options : soit tu arrêtes là ta lecture, tu te contentes de tourner la molette de ta souris pour aller regarder un peu les photos, plus bas. Mon but sera de toute façon atteint : pendant quelques minutes, tu penseras aux Champions. Peut-être même te fendras-tu de quelques euros pour commander l'intégrale de la série en DVD... Attends deux secondes, je regarde chez qui tu peux la trouver... Quoi ? 95,95 euros chez Priceminister ?? Article de collection, qu'ils disent ! Ben je vais garder précieusement mon coffret !

Ou alors, tu continues à lire, et là tu risques de souffrir un peu. Le texte qui suit, je l'ai écrit il y a bien longtemps, il était destiné à un fanzine qui n'est jamais sorti (pour les jeunes, un fanzine est un magazine amateur photocopié à la sauvette sur son lieu de travail et diffusé à onze exemplaires). Je le reproduis tel quel, après l'avoir un peu raccourci et ajouté quelques tentatives d'humour... Même moi, je me suis assoupi deux fois en me relisant, alors si tu craquais avant la fin, je ne t'en tiendrais pas rigueur.

Je ferme la parenthèse.

 

Les Champions, une série qui n'a pas eu la reconnaissance qu'elle mérite, malgré pourtant de nombreux points communs avec d'autres créations qui, elles, ont trouvé le succès. On suit les aventures d'un trio d'agents secrets, composé de deux hommes, Craig Sterling et Richard Barrett, élégants et raffinés (comme Napoléon Solo, Simon Templar ou John Steed) et d'une femme, Sharron Macready, au charme indéniable (comme Emma Peel ou Cinnamon), appartenant à NEMESIS, une organisation ultra-confidentielle (comme l'UNCLE ou CONTROL), luttant contre des puissances occultes ou des méchants au cerveau dérangé visant à conquérir le monde (comme dans toutes les autres séries). Mais les trois agents en question ne sont pas comme leurs illustres confrères. En plus des aptitudes "classiques" que tout espion qui se respecte se doit de posséder (comme savoir désamorcer une bombe, localiser la ville d'Ekibastuz sur une mappemonde ou enlever discrètement avec un cure-dent un brin de persil coincé sur sa gencive au cours d'un cocktail mondain), ils disposent de pouvoirs surhumains, pouvoirs qu'ils ont acquis au retour d'une mission en Chine communiste, après que leur avion se soit écrasé dans les solitudes enneigées du Tibet. Recueillis par un peuple étrange et mystique, ils ne rejoindront notre civilisation qu'après avoir été dotés par ces êtres d'un autre temps de facultés fantastiques, télépathiques notamment, qu'ils vont mettre à profit pour, comme le dit le générique, "devenir les champions de la loi, l'ordre et la justice". Un sacré boulot en perspective. Seule contrainte imposée par leurs bienfaiteurs : les trois rescapés doivent garder le secret et ne révéler à personne l'existence de ce peuple. Il ne veut pas qu'un Club Med ouvre au milieu de ses belles montagnes, et on le comprend.

Le concept des Champions est né dans le cerveau génial de Dennis Spooner (célèbre outre-Manche pour la série de SF inédite en France "Doctor Who". L'originale, évidemment) et de Monty Berman ("The Baron"). Nous sommes en 1967 et les Avengers (produits par la firme britannique ABC) se taillent un beau succès dans une quarantaine de pays du monde, les USA surtout, qui représentent un marché juteux pour les compagnies de production anglaises. Pour ceux que ça intéresse, 1967, c'est aussi l'année où Hong Kong Fou-Fou a poussé ses premiers "Kiai", mais c'est une autre histoire. ITC (à qui l'on doit effectivement "Département S", Gérard n'avait pas tout à fait tort) veut contrer ABC en produisant une série d'espionnage qui innove vraiment. Les trois Champions n'arriveront cependant pas à surpasser le flegmatique John Steed et sa charmante collaboratrice de l'époque, Emma Peel. La série ne dépassera d'ailleurs pas les trente épisodes.

Mais revenons à la genèse des Champions. Les deux compères, le script de l'épisode-pilote sous le bras, vont donc trouver Cyril Frankel, qui était en train de terminer le film "The Witches", basé sur un scénario de Nigel "Quatermass" Kneale, pour la célébrissime Hammer. Berman connaissait Frankel pour avoir déjà travaillé avec lui sur "The Baron". Très rapidement, Frankel, passionné de méditation et de philosophie orientale (moi, c'est plutôt les timbres), se montre très intéressé par ce projet qui fait la part belle à la puissance de l'esprit. Il devient ainsi "consultant créatif" pour les Champions, un terme à la signification vague mais aux implications immenses: c'est à lui qu'échoit la lourde tâche de donner son style à la série, en réalisant les premiers épisodes; c'est lui qui choisit une grande partie du casting ainsi que certains des réalisateurs qui lui succèderont.

Les trois Champions sont Craig Sterling (interprété par Stuart Damon), Sharron Macready (Alexandra Bastedo) et Richard Barrett (William Gaunt). Quant au rôle de Tremayne, le patron de NEMESIS qui ne comprend jamais comment ses protégés réalisent de tels exploits, il revient à Anthony Nichols, vieux briscard de la télé et du cinéma. Cyril Frankel ne peut pas revendiquer seul le choix de cette excellente distribution. Il a accordé plusieurs entretiens à Alexandra Bastedo et a été subjugué par sa beauté. Comme le personnage féminin de la série naissante se doit d'être agréable à regarder, Frankel la propose pour le rôle. Après les auditions de rigueur, les dirigeants du projet ont du mal à se décider. Finalement, c'est la chaîne de télévision américaine NBC, qui a acheté les droits de diffusion de la série avant même le premier tour de manivelle, qui insiste pour qu'Alexandra Bastedo obtienne le rôle. La carrière de la jeune actrice n'a pas encore décollé. Elle a surtout fait de la figuration et n'a qu'un vrai rôle à son actif, dans "Casino Royale", la très réussie parodie de James Bond, trop souvent mal jugée des critiques comme du public. L'engagement de Stuart Damon pour le rôle de Craig Sterling se fait plus rapidement. Les producteurs l'ont déniché au Piccadilly Theatre après avoir été impressionnés par sa prestation dans "Man of Magic" où il jouait Houdini. William Gaunt, lui, est choisi plutôt que les quatre ou cinq autres acteurs pressentis pour le rôle de Richard Barrett d'une part car Cyril Frankel le connaît déjà pour l'avoir dirigé dans la série "Sergeant Cork" et d'autre part parce que Lew Grade, directeur d'ITC, possède aussi l'agence où Grant est inscrit. Quant au dernier "permanent" de l'équipe, Tremayne, Frankel le confie à son vieux complice Anthony Nichols. 

Chaque épisode des Champions suit un découpage classique pour les séries de l'époque. D'abord, un gros plan sur une carte géographique situe la région du monde où va se dérouler l'action. C'est toujours sympa, pour réviser sa géographie. Puis débute une séquence pré-générique où des évènements mystérieux et dramatiques vont avoir lieu. Ces séquences sont souvent de véritables petits chefs-d'œuvre, qu'il faut particulièrement soigner puisque leur rôle est d'allécher le téléspectateur, de titiller son imagination pour lui donner envie d'en savoir davantage et, surtout, pour éviter qu'il se lève et change de chaîne (pour les jeunes : avant, on ne zappait pas, on levait ses fesses, ça en aurait calmé quelques-uns d'entre vous). Ainsi, au fil des épisodes, opérations de sabotage, meurtres raffinés, séances de sorcellerie et autres créatures étranges lancent nos Champions sur la piste de dangereux criminels. Le générique en lui-même est, il faut le reconnaître, assez niais. Sur une excellente musique de Edwin Astley, nous voyons les trois protagonistes vedettes, de trois-quarts, devant le célèbre jet d'eau du lac Leman (le siège de l'organisation à laquelle ils appartiennent étant à Genève). A tour de rôle, chacun est mis au premier plan, le nom de l'acteur s'affichant à l'écran, les deux autres restant en retrait et se regardant en souriant, plutôt niaisement. Le niveau remonte ensuite, avec des séquences assez brèves qui introduisent l'un ou l'autre des Champions ainsi que quelques-uns de leurs extraordinaires pouvoirs. Ces scènes sont totalement indépendantes de l'intrigue. Dans la même lignée que les petites séquences où John Steed vient déclarer, par les moyens les plus farfelus, "Mme Peel, on a besoin de nous!", à une Emma Peel étonnée, elles ne visent qu'à présenter les Champions dans des situations insolites où leurs talents exceptionnels font merveille. On voit ainsi Craig Sterling, imperturbable, récupérer sur les braises flamboyantes d'un barbecue la montre-bracelet de la non moins flamboyante brune qu'il a invitée à pique-niquer sur son balcon ; Sharron Macready, se débarrasser sans encombre des deux auto-stoppeurs trop entreprenants qu'elle avait fait monter dans sa ronflante MG B ; ou encore, Richard Barrett expédier avec précision une balle de golf à plusieurs centaines de yards de distance.

La suite des évènements se déroule invariablement dans le vaste bureau où siège le très sérieux et paternaliste Tremayne, en haut d'un building de la grande ville helvétique. Au cours d'un briefing concis, Tremayne expédie ses agents aux quatre coins du globe (contrairement aux Avengers, pour en revenir à eux, qui ne sortent jamais du territoire de Sa Très Gracieuse Majesté).

Les missions sont variées et, sur le papier, les destinations souvent lointaines. Mais les moyens financiers des producteurs de la série étant limités, Ryanair n'existant pas encore, les acteurs ne quittent guère les studios et évoluent devant des décors approximatifs. Quelques "stockshots" intercalés dans l'action viennent renforcer le réalisme. De même, il faut rentabiliser au maximum les décors. Ainsi, plusieurs épisodes se passent dans un sous-marin, afin d'amortir le coût du superbe kiosque en carton construit pour l'occasion. Cyril Frankel avoue même que l'épisode "La question", qui se passe du début à la fin dans une pièce où Craig Sterling est retenu prisonnier et soumis à un interrogatoire serré par un mystérieux personnage (Question... Champion... Bon sang mais c'est bien sûr ! C'est Julien Lepers !), a dû être réalisé parce que les crédits étaient épuisés. Il a été tourné en six jours, avec le moins de prises possibles, des décors dignes du cinéma thécoslovaque des années 50 et un casting réduit. Comme quoi on peut faire de la qualité avec trois bouts de ficelle...

Les scripts portent la signature d'auteurs aussi prestigieux que Dennis Spooner lui-même, Ralph Smart (le créateur de "Destination Danger"), Brian Clemens (dont le talent n'est plus à démontrer, tant son travail sur "The Avengers" est fantastique), Terry Nation, Philip Broadley ou encore Tony Williamson, écrivains prolifiques qui ont mis la patte à la plupart des grandes séries britanniques.

 

Voilà, j'espère vous avoir convaincu de l'intérêt des Champions. La prochaine fois, je parlerai d'une autre série sacrifiée, "Les espions". En moins de lignes, promis.  

 

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Grâce à leur forfait "Communication télépathique" illimité, Sharron et Craig gardent toujours le contact avec Richard


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Champion d'élégance


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Le petit-déjeuner des Champions

 

Pour finir, vous serez content d'apprendre que Morrissey était un grand fan d'Alexandra Bastedo, qu'il a fait figurer sur la pochette de l'album "Rank" des Smiths de 1988.  Et également que la belle a posé pour le photographe Francis Giacobetti, pour le calendrier Pirelli 1970, l'un des plus réussis à mon humble avis.

 

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Et Stuart Damon a enregistré en 1970 un album sous le nom quelque peu opportuniste de Stuart "Champion" Damon. Mais il paraît qu'il vaut mieux ne pas l'écouter. 

 

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 06:34

oddjob logo 2 Par Oddjob

 

On m’a souvent reproché (et on me le reproche encore, à juste titre) de n’être pas bon public pour le genre comique au cinéma… et surtout celui estampillé "français". Comme si on se méfiait de mon désintérêt pour le rire. (Et je ne parlerai pas ici des comédies américaines, anglaises ou bien encore italiennes tant leur niveau dépasse le genre pour relever du cinéma, tout simplement !)

Bref, je passe pour un gars pas (très) drôle !

C’est vrai que je n’ai jamais vu ni Les Visiteurs, ni Les Chtis, ni Les Campings et j’en oublie (l’histoire du cinéma aussi…)

Mais ce n’est pas le rire que je crains mais la vulgarité, le pipi-caca frelaté, la veulerie assumée, la beaufitude exaltée, le bling-bling de supermarché.

Le populeux a remplacé le populaire et les masses crasses se ruent béatement dans les multiplexes pour s’y voir, pour s’y retrouver et revivre leur vie médiocre.

 

Alors oui, encore une fois (et sans doute pas la dernière), je vais vous redire que c’était mieux avant (et au diable ce que l’on pense de moi). En vrac : Robert Dhéry et ses branquignols dans La Belle Américaine, Louis de Funès dans tous ses films, Pierre Etaix et sa poésie comique (ou son comique poétique, au choix), Jacques Tati et sa vision personnaliste des Trente Glorieuses ou encore Philippe de Broca héritier français de Tex Avery (selon Jacqueline Bisset)…

 

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Car à l’époque, on taquinait, on persiflait, on pastichait, on avait le verbe haut et fleuri et le culte du bon mot. Mais maintenant, ce n’est que moquerie facile, blagues d’ados attardés et insupportable humour cocaïné "made in Canal" !

Avant, un Bourvil était excellent en Français moyen chez Gérard Oury (La Grande Vadrouille et Le Corniaud), comme en commissaire tenace chez Jean-Pierre Melville (Le Cercle Rouge). Dans un autre registre, un Noiret se retrouvait juge féroce chez Bertrand Tavernier (Le Juge et l’Assassin) et professeur de grec vieux garçon chez Philippe de Broca (Tendre Poulet et sa suite On a volé la cuisse de Jupiter), avec le même talent.

Aujourd’hui… que dalle ! Et quand on voit un Luchini perdre son temps dans des comédies qui n’en ont que le nom (l’improbable Les Femmes du 6e étage), on n’est pas près de changer d’avis : du téléfilm sur grand écran, quand ce n’est pas plus digne que le film de vacances de tonton Marcel…

Et quand je dis "que dalle", je n’oublie pas, bien entendu, un beau spécimen, à l’image de notre époque, faussement charmant, d’une élégance douteuse, grande gueule devant les nains et veule devant les vrais acteurs : le playboy de lotissement, Jean Dujardin.

Car entre lui et moi, ça ne passe pas ! Qu’il ait commis Brice de Nice ou 99 Francs, je m’en fous et ce n’est pas le pire du cinéma français de ces dernières années.

Non, son "crime" : avoir endossé le rôle de OSS 117. Car là on n’est pas dans le pastiche, la parodie, le second (voire énième) degré bon teint… Ici c’est le mauvais goût fait roi, la suffisance des médiocres décrétée comme un noble art.

Il ne faut pas oublier que pour bien se moquer d’un genre, cinématographique ou littéraire, la règle d’or est avant tout d’aimer ce genre-là. De cette affection naît le détournement juste et précis, la volonté de préserver un état d’esprit. Les James Bond étant déjà en celà de parfaites parodies élégantes et racées du film d’espionnage. Alors que le pauvre Dujardin s’empêtre dans une reconstitution de pacotille et une histoire frôlant la débilité digne d’un Max Pecas (qui lui au moins ne se prenait pas au sérieux…) Et ce OSS-là n’a que faire de la France d’avant qu’il se complaît à mépriser sous le rire gras.

Un bel exemple de parodie ? C’est un film américain (je ne l’ai pas fait exprès !), Young Frankenstein (Frankenstein Junior) de Mel Brooks. Ici, tout y est, comme dans les classiques de la Universal, tics et manies, bande originale comprise, car si on rit, on frémit également. Et chaque plan est une déclaration d’amour au cinéma fantastique des années 40.


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Mais comme si cela ne suffisait pas, la même équipe d’OSS 117 va récidiver quelques années plus tard avec The Artist : du noir et blanc et du muet… Quelle audace ! A oublier d’urgence pour mieux se "replonger" dans l’insurpassable Singin’ in the rain de Donen.

Et voilà que ces jours-ci est sorti sur nos écrans, le dernier Clooney, The Monument Mens, avec Bill Murray, John Goodman et… Dujardin. Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête du réalisateur de l’excellent Good Night, and Good Luck, pour engager un cabot pareil ? Pourtant le film est plus qu’honnête en renouant avec le rythme et le charme en vogue dans les 60s, le tout sans une once de vulgarité. Enfin presque puisqu’avec Dujardin, cela tient du sacerdoce !

Pour autant ne passez pas à côté de cette savoureuse pellicule, car non seulement il n’est, heureusement pas, de chaque plan, mais surtout il s’en prend "une", ce qui redonne du panache à la dernière partie du film…

Truffaut racontait à propos de de Broca : "Philippe sait que la vie est une blague, que les bureaux sont occupés par de faux adultes qui se prennent pour des ministres, des avocats, des critiques d’art, des anarchistes, des experts-comptables. Il a donc bien raison de ne jamais les filmer assis ou couchés mais cavalcadant à dix-huit images/seconde, toujours en poursuites, toujours en fuite pour échapper à la pesanteur du monde moderne."

 

tendre poulet

Si ces mots pouvaient servir de bréviaire à nos apprentis réalisateurs et comédiens français, à défaut d’épitaphe...

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 06:13

hkff logo Par Hong Kong Fou-Fou

 

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Parce qu'on ne peut pas aller tous les soirs boire un cocktail au Mocambo, et que les programmes télé risquent de nuire gravement à votre santé, chaque mois (ou presque...), une petite sélection de DVD qui peuvent sauver votre soirée.

 

Cela faisait bien longtemps que Marty Feldman et ses yeux en balles de ping-pong sous pression n'avaient égayé la première page de Fury Magazine. Sélection mensuelle, tu parles... Dans cette édition, nous allons parler de films français, qui ont en commun de ne probablement pas être passés sur les chaînes publiques depuis l'époque heureuse où les programmes télévisés étaient présentés par une speakrine assise à côté d'un guéridon orné d'un pot de fleurs. Ces cinq films ont également en commun de raconter une histoire de machination criminelle, de tromperie entre proches pas sans reproches, de faire intervenir des protagonistes dont le machiavélisme le dispute au goût du lucre. Le rythme est lent, les dialogues savoureux, la tension s'installe petit à petit jusqu'au rebondissement final. On est bien loin des polars d'aujourd'hui où l'intervalle entre deux fusillades ou deux poursuites est réduit au strict minimum, de peur que le téléspectateur n'use de sa sacro-sainte zapette. Pour les trois premiers films, gage de qualité, Paul Guégauff est impliqué dans le scénario et/ou les dialogues (j'en profite pour vous rappeler qu'Oddjob a chroniqué le bouquin qui lui a été consacré l'année dernière : Dandy, c'est fini).

Je n'ai rien bien sûr contre "Le pacha" ou "Le clan des Siciliens" qui ont régulièrement l'honneur d'une rediffusion mais si on s'intéresse à la filmographie des réalisateurs évoqués ci-dessous, on constate que nombre de leurs oeuvres ne passent jamais, jamais, jamais sur nos chaînes nationales. A quoi ça sert de payer une redevance pour une programmation aussi plate que les écrans qui servent à la regarder ? Je voudrais remercier ici un inconnu qui est devenu le compagnon de mes pauses déjeuner, Taylor Harter. Sa chaîne youtube est un régal pour le cinéphile solitaire (c'est ici : Taylor Harter). Oui, je l'avoue, je suis un asocial. Plutôt que de manger dans la salle commune avec mes collègues de travail et bailler à m'arracher la mâchoire (ce qui gênerait ma mastiquation) en les écoutant discuter des performances de la nouvelle Golf ou du meilleur candidat aux municipales, je préfère jouer les ermites dans mon bureau et m'évader dans un monde qui a un jour été le nôtre, où les hommes mettaient une veste et une cravate pour aller dîner, dîner où ils étaient accompagnés par papa-maman jusqu'à 21 ans.

 

Qui ? (Léonard Keigel, 1970)

Marina (Romy Schneider) échappe de peu à la mort dans un accident de voiture : son boyfriend Claude, avec lequel elle vient de se disputer, veut lui flanquer la pétoche et roule à fond de train au bord d'une falaise bretonne, au son de la musique composée par Claude Bolling (comme s'en souvienne peut-être les assidus de "Bon tempo pour vos tympans"). Qui fait le malin tombe dans le ravin, Claude y reste (le boyfriend, pas Bolling). Serge, le frère de Claude (le boyfriend, pas Bolling) rejoint le lieu du drame en même temps que la police. Il recueille une Marina un peu déboussolée et la ramène à Paris. Evidemment, on n'introduit pas Romy Schneider chez soi sans que la vie domestique en soit un peu perturbée. Au fil des jours, le beau Serge succombe aux charmes de Marina, tout en se demandant si elle n'aurait pas tué son frère, dont le corps refuse obstinément de refaire surface.

Bien qu'inconditionnel de Maurice Ronet, qui apporte sa classe naturelle au rôle de Serge, je n'avais jamais vu ce film, je ne connaissais pas le réalisateur, mais c'est un pur chef-d'oeuvre. Le regarder, l'autre jour de 12h à 13h30 en mangeant mon jambon-beurre, a sublimé cette modeste préparation, j'avais l'impression de déguster un coq au vin.


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Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier, 1967)

Le réalisateur de Pépé le Moko et de Don Camillo signe-là son dernier film, il est même mort juste avant sa sortie en salles, mais on peut dire qu'il a fini en beauté.

Comme dans l'épisode d'Amicalement vôtre "Le lendemain matin" ou le téléfilm "Le complot du silence" avec Louis Jourdan, l'histoire débute par une perte de mémoire. Georges Campo (Alain Delon) se réveille marié à une jolie femme et habitant un magnifique château. Forcément, même s'il ne se souvient de rien, il a envie de faire des efforts, d'autant que son épouse Christiane est interprétée par Senta Berger. Comme son nom l'indique, cette actrice est allemande. Berger, c'est forcément allemand, n'est-ce pas. Je dois vous avouer que je n'aime pas trop les Allemands, avec leur fâcheuse manie de vouloir nous envahir, qu'ils aient un casque sur la tête et des bottes aux pieds, ou qu'ils les remplacent par une casquette Paulaner et des sandalettes avec chaussettes. Mais la Senta Berger de 1967, elle peut m'envahir quand elle veut, mes frontières lui sont ouvertes, je suis subjugué par sa chute de Rhin. Comme moi, le pauvre Campo est frustré : l'amnésique adoucit les moeurs mais son médecin est formel, pas de galipettes avec sa femme, ça pourrait ralentir sa guérison. On se demande dans quelle faculté il a appris la médecine, celui-là. En tout cas, comme le montrent les deux photos ci-dessous, si devant la caméra les relations Georges/Christiane sont plutôt crispées, hors caméra celles entre Alain et Senta sont plus cordiales. Très vite, Geroges Campo nourrit des soupçons et comprend qu'il n'est que le jouet d'une sombre machination dont je ne vous dis rien de plus, sinon vous n'aurez pas envie de voir ce film, ce qui serait vraiment dommage.

La musique est signée François de Roubaix, c'est forcément impeccable.

 

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Le scandale (Claude Chabrol, 1967)

Ce film nous entraîne dans le milieu pétillant du champagne. Maurice Ronet y incarne Paul Wagner, héritier du nom des champagnes Wagner que Christine Belling (Yvonne Furneaux), épouse de son vieil ami Christopher Belling (Anthony Perkins) et actionnaire majoritaire de la marque, voudrait le convaincre de lui céder, pour qu'elle puisse revendre le tout à de richissimes Américains. Mais Paul Wagner s'en moque, il résume son intérêt pour l'offre d'achat yankee par cette réplique lapidaire : "Ce n'est pas tous les jours qu'on voit le champagne flirter avec le cola". Il préfère coincer la bulle, jouer au tennis ou au Scalextric dans sa garçonnière  et, semble-t-il, assassiner des jeunes femmes. Bien sûr, puisque c'est le fil conducteur de cette sélection, les coupables seront les victimes, les premiers seront les derniers. A noter la présence de Stéphane Audran, dans un rôle assez discret mais dans lequel elle est parfaite de froideur. On lui ferait saisir une bouteille de champagne, elle serait frappée dans la seconde qui suit.

 

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La peau de Torpedo (Jean Delannoy, 1970)

Le film débute avec Stéphane Audran, encore, qui ramène chez elle un petit minet qui mange son ronron au Drugstore, pour tenter d'oublier dans ses bras juvéniles les absences de son antiquaire de mari. Ce qu'elle ignore, c'est que l'antiquaire est en toc, il mène une double vie et s'occupe plutôt d'espionnage. Elle le tue accidentellement (je ne vous gâche pas l'intrigue en écrivant ça puisque ça se voit sur la photo ci-dessous) et se retrouve poursuivie par une puissante organisation internationale, personnifiée par l'inquiétant Klaus Kinski, et par la police, personnifiée, elle, par le plus débonnaire Michel Constantin.

Pour les amateurs de mécanique, on voit dans le film une Matra MS630, ce qui suffit à justifier son visionnage (pour les gens pressés, c'est à 59 mn 45 secondes).

Pour les amateurs de musique, on y entend encore celle de François de Roubaix.


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Si douces... si perverses (Così dolce... così perversa, Umberto Lenzi, 1969)

Comme l'indique le titre original, il s'agit cette fois d'une production italo-française, ce qui me permet de rendre hommage au récemment disparu Riz Ortolani, qui officie ici à la baguette magique. Le réalisateur Umberto Lenzi a une filmographie longue comme un spaghetto, et aussi tordue. Comme beaucoup de ses confrères italiens de l'époque, il a touché un peu à tout, le péplum, le giallo, le western, le film de cannibales bien gore(gonzola ?), le mélange improbable (Maciste contre Zorro. Moi, rien que pour ça, j'ai du respect pour lui. Prendre le risque d'avoir un jour à dire à ses petits-enfants : "Maciste contre Zorro, c'est moi", chapeau).  Jean-Louis Trintignant est Jean Raynaud. Il est marié à Danielle (Erika Blanc, qui pour la petite histoire a été la première interprète d'Emmanuelle, avant Sylvia Kristel) mais comme leur couple bat de l'aile, il est volage, ce qui est logique. Fidèle à son infidélité, il séduit sa nouvelle voisine, Nicole Perrier, qui, si elle est douce, se révèle également perverse, ce que vous avez deviné si vous avez lu le titre du film. Et s'il y a un "s" dans le titre français, c'est que Danielle est pas mal non plus dans le genre. Elle nourrit une relation trouble avec Nicole (voir la blonde et la brune ensemble, saphique les yeux...)

Mais encore une fois, ne dévoilons pas trop le scénario, restons dans le futile et l'agréable et terminons en disant que Jean Raynaud a la joie de parcourir les Champs-Elysées au volant d'une Fiat 125 Vignale Samantha. Je n'ai pas regardé si sa plaque était paire, impaire ou manque et s'il avait le droit de circuler, mais en tout cas, il y a quelque chose à voir.


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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:21

Eleve Moinet 2 Par l'élève Moinet

 

Stupéfiant, étonnant, surprenant

 

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Perpignan, le 2 juin 1957.  Les Perpignanais ont une journée chargée. Juste avant d’aller reluquer "La tunique" de l’ambigu Victor Mature au Star Ciné et de s’encanailler au Dancing Hollywood à la "Grande du nuit du mystère" avec Alain Gérard et ses Boys (!), ils ont un autre rendez-vous. Robby "l’extraordinaire vedette du film Planète interdite" les attend. Sur Altaïr IV ? Non, place Arago, à côté du Palmarium. Oui, messieurs-dames, Robby le Robot en personne et en chair et en os. En Royalite et en boulons en l’occurrence, venu payer de sa personne pour la promo de son film.


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Après s’être tapé le ménage et la cuisine et la vaisselle et la couture chez le docteur Morbius, le voici livré aux Catalans qui ne sont pas trop du genre à vendre leur âme à la science-fiction. Corvéable à merci le Robby. Normal pour une star qui n’a pas coûté un rond en cachet à la Metro Goldwyn Mayer. Mais ce grand paquet de tôle à papattes en a vu d’autres. Il vient de descendre les Champs Elysées et de s’appuyer, de sa voix toute monocorde, les questions de la roucoulante France Roche. Tout ça après s’être coltiné les caprices d’Ann Francis, Alta pour les intimes. Un gentleman ce Robby, foi du commandant Adams, mais de quoi devenir misogyne pour un million d’années.

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Question : Robby était-il accompagné ce jour-là des membres de l’équipage du croiseur spatial C-57-D ? Et ceux-ci ont-il donné un aperçu à la gente féminine locale de leur manière de dire bonjour à une dame sur la planète Terre ? Ou est-ce tout simplement lui et sa bien pleine de grosse tête qui ont rameutés les foules ? Le film  - "Grande première cinématographique interplanétaire au delà des frontières de l’imaginable" -  fait un carton. "Affluence record !" "Complet à chaque séance". On rajoute des matinées les après-midi. Perpignan boxe, sauf le dimanche durant l’office, dans le box-office. L’écran est géant, le film familial, le spectacle formidable. Seul le prix du ticket n’est pas astronomique. Que demander de plus ? Un eskimo à l’ouvreuse, peut-être. Toute la ville est stupéfiée par ce spectacle stupéfiant. Faut dire que serrer la pince d’un robot issu de l’inconscient collectif d’une civilisation disparue depuis des centaines de milliers d’années peut donner des idées.

 

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 Alors, que reste-t-il de nos amours ? En clair, y a-t-il du Krell dans le Catalan ?  Pas sûr. Pas sûr du tout. Krell drôle d’idée. Il y a des jours où je me demande même si le 2 juin 57 n’aurait pas été une sorte de faille spatio-temporelle dans notre (bonne) vieille ville. A moins que l’année d’après, le robot téléguidé de "Prisonnière des Martiens" d’Ishirô Honda ait été envoyé lui aussi dans notre bonne (vieille) ville. Petit hic, celui-ci, moins pacifiste, avait pour mission de capturer des autochtones par paquets de douze pour les ramener sur la planète Mysteroïde et les faire copuler de force avec ces opportunistes de Mysterians. Tout ça pour sauver leur race. Maudite.

 

Vu le sort du film et de (notre bonne vieille ville) Perpignan, je pense que ce n’était pas une très bonne idée. Dommages collatéraux. Oui, ça doit être ça. Ca ne peut être que ça. En tous cas, une chose est sûre, on n’a plus jamais vu l’antenne d’un robot par ici. Non, je ne suis jamais tombé sur C3PO à la caisse du Monoprix en voulant payer mon Télé 7 jours que j’achète chaque semaine afin de voir s’ils repassent Planète interdite. Ah non…


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Les derniers Robby à Perpignan, sur le buffet de la cuisine de l'élève
Moinet, prêts à préparer un bon petit plat et à lui servir le café.

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